Article de Jean-Paul Gavard-Perret


Cécile Hug : Le jardin des délices

« Cécile Hug » (éponyme), éditions Derrière la salle de bains, Rouen, 2014.

« Le corps orchestre »,  Manresa, Catalogne

Cécile Hug, entre jambe 6

Cécile Hug, L’entre jambe ©

Sur la rive d'un triangle intime Cécile Hug orchestre des jeux de patience. L'insecte devient une poussière d'aube, ruisselle sur l'entre-jambe. Il est en quelque sorte l'armoirie de l'amour. Il crée des courants ascendants : se découd une certaine étoile, se gomme l'éros trop voyant. Tout maraude dans une géométrie précise et précieuse. Le triangle devient oriflamme, l'insecte le remue tandis que la main rêve de caresser ses ailes au moment où il sème un grain pour récolter des lignes de vie.

Chaque dessin de Cécile Hug reste un processionnal. Il conduit en bordure d'un fantastique ravin. L'insecte crée la fable de la présence en fragments de l'essentiel. Le sexe féminin se fait syllabe et le coléoptère virgule blottie dans les mailles du désir. Il représente (comme la fourmi et même le spermatozoïde - ou ce qui lui ressemble) le symbole d'une jouissance buissonnière.

Cécile Hug bâti pour lui un abri sous les tempêtes, un terrier près de l'orifice des délices. Néanmoins chaque dessin devient un barrage pour les intrus, pour les voyeurs. Et Cécile Hug tisse des filets serrés, refuges de nos propres ailes, de nos attentes, douleurs, plaisirs.

L'artiste devient la subtile architecte de paysages intérieurs, la relieuse de désirs informulés en effaçant la pliure des ombres. Elle dessine des interdits, les racines profondes de la vie dans une diaphanéité confondante. 

Elle devient fomenteuse de chimères : ses lucioles font crisser la raison. Une  avancée sourde s'ébauche dans l'ornière aux tabous. Chasseur et proie, insectivore et victime des bestioles, au seuil de l'estuaire, le voyeur ou le voyeuse a le temps d'apprécier de petits morsures visuelles et de palper des songes. Délicieux.

Jean-Paul Gavard-Perret